mardi 17 janvier 2017

Nouvelle vidéo : traduction/interprétation d'un poème d'Emile Verhaeren par Jacques Delafosse.
https://www.youtube.com/watch?v=kCeGrqY4t5o

samedi 7 mai 2016

Den vlaschaerd bezaeien

Den vlaschaerd bezaeien par Jacques Delafosse (Video)

Texte disponible sur le site de l'Akademie van Nuuze Vlaemsche Taele

dimanche 14 avril 2013

mercredi 15 septembre 2010

gifles

Les méthodes d'éducation ont beaucoup évolué. La gifle a été remplacée par le dialogue. Si les Esquimos, plus justement nommés Inuits, disposent de nombreux mots pour décrire la qualité de la neige, en flamand occidental, tout comme en français d'ailleurs, les synonymes pour la taloche ne manquent pas.

Les premiers s'inspirent de la forme de la main, plate avec le mot (de) paele qui évoque la pelle à enfourner le pain, légèrement incurvée avec (den) paelei, issu du français "pellée" ou contenu de la pelle, ou encore d'un gant ou d'une mitaine recouvrant la main avec (de) wante. Pour l'origine de ce dernier mot, il faut également se tourner vers le français ou le picard (au g français correspond un w picard, au "gant" français correspond want en picard).

Cette main, qui va finir par s'écraser sur la joue ou l'oreille du destinataire, va d'abord fendre l'air dans un mouvement circulaire. D'où le mot suivant, (den) draei issu du verbe draeien, "tourner". Lorsqu'elle arrive sur le visage, la baffe le balaie et devient (de) syfa (issu de zichtvaege par un complexe mélange d'assimilations et de réduction de cluster - ou groupe de consonnes). De syfa est né, par dérivation étymologique populaire (c'est à dire qui n'a rien à voir avec l'étymologie réelle), le lexème (den) schyfhand (syfa > syfant > schyfhand), association de hand "main" et de schyveren "faire tourner rapidement dans l'air".

Finalement, la main, avec un peu de chance ou de malchance, selon le point de vue, atteint son objectif. Pendant un instant, elle est en contact, brièvement collée à la joue. On aura alors (de) klyfe (< klyven "coller, adhérer"), (den) plak (< plakken "plaquer, placarder, coller") et (den) klot (de la racine indo-européenne *gel II, "boule collante", cette racine a donné le mot anglais glue "colle")

L'impact de la main est accompagné d'un claquement. Ceci donne naissance à une autre série de mots: (de) klinke, (den) klaeter selon le type de bruit ou encore un mot comme (den) lap qui est une onomatopée. Un autre bruit existe, c'est le bruit intérieur dont seul le destinataire du soufflet a connaissance, une sorte de bourdonnement qui dure plus longtemps que la beigne elle-même: (den) rounker (< rounken "bourdonner").

Si la torgnole soulage parfois les parents de petits démons, sous sa forme symbolique, lors de la confirmation à l'église, elle est censée élever et devient (de) vorminge qui, en quelque sorte, donne forme et édifie.

Cette liste n'est pas limitative.

jeudi 8 juillet 2010

kouschiesteën

Regardant les coureurs cyclistes roulant sur les secteurs pavés de l'étape du Tour de France arrivant à Arenberg à la télévision, je me suis demandé quelle était l'origine du mot flamand occidental kouschiesteën (fr. pavé, néerl. kassei).

Kouschiesteën [ˈkuʃiːˌsteˑɛ̃] (nom masc., pl. kouschiesteëns) est un nom composé: kouschie + steën. Steën signifie "pierre". Pourquoi l'écrire avec un tréma? Parce que ce phonème est diphtongué et est issu du germanique ai qui a aussi donné en allemand Stein. D'autres exemples sont kleën (all. klein), beën (all. Bein) etc. L'écrire ainsi permet de distinguer les mots de paires minimales comme keete (fr. chaîne) et keëte (fr. "petite construction" comme dans hommelkeëte: "baraque à houblon").

Kouschie fait partie des nombreux emprunts au picard et signifie "chaussée". Des formes apparentées s'utilisent en flamand depuis le Moyen-Age. Dans le Dictionnaire du patois de la Flandre française ou wallonne (Louis Vermesse, Douai, L. Crépin, 1867), on trouve les deux formes cauchie et couchie. Moeyaert, Ryckeboer, De Brabandere dans le Woordenboek van het Frans-Vlaams/Dictionnaire du flamand de France (2005) orthographient ce mot ainsi: koesjiesteen ce qui en permet la lecture par les néerlandophones.

Les emprunts au français et au picard depuis le Moyen-Age font du flamand occidental la plus romane des langues germaniques.

Pour voir correctement les transcriptions phonétiques, veuillez télécharger et installer la police Doulos SIL.

La graphie flamande utilisée est la graphie normalisée de l'ANVT.

mardi 6 juillet 2010

Een raedsel

- Hoe is je naeme?
- Voor tien centymen
Je meugt ze zien.

Réponse: Me naeme ['mə 'naːmə]
Jeu de mot avec: men haeme ['mən 'aːmə]

Traduction
- Quel est ton nom?
- Pour dix centimes
Tu peux le voir.

Réponse: Mon nom
Jeu de mot avec: Mon jarret

Haeme (n. fém., pl. haemen)(néerl. knieholte, knieboog), plus ancienne mention écrite 1320-1330. Cf. anglais ham ("That part of the leg at the back of the knee; the hollow or bend of the knee", Oxford English Dictionary)

lundi 28 juin 2010

mousen/vermousen

Sauf erreur de ma part, les verbes mousen [ˈmusn] et vermousen [vərˈmusn] ne figurent pas dans le WNT. Ils n'apparaissent pas non plus dans Loquela. Pourtant De Bo cite bien le verbe mousen et lui donne les significations: "espionner, moucher" (dans le sens d'espionner) et "dénoncer". Il indique par ailleurs que ce verbe est très utilisé dans la région de Furnes et en Flandre française. Il cite également mouser, "espion, mouchard".

Le Dictionnaire flamand/français français/flamand de Fagoo, Sansen, Simon (1985) donne mousen: "moucharder, dénoncer".

Dans Moeyaert (2005), les deux verbes figurent transcrits sous les formes moessen "dénoncer" et vermoessen "trahir". Rappelons que la graphie de Moeyaert est adaptée au lecteur néerlandophone pour qui la graphie ou est associée à la diphtongue [ow] et non à [u]. Comme ces mots n'existent pas en néerlandais, il a donc choisi oe en syllabe fermée en doublant le s qui suit. Ce choix rappelle la graphie mistralienne de l'occitan où l'on écrit le provençal en utilisant les principes phonétiques du français. Moeyaert se demande également si mousen ne serait pas un emprunt au picard.

De Brabandere qui est co-auteur avec Moeyaert du Woordenboek van het Frans-Vlaams - Dictionnaire du flamand de France écrit dans son propre dictionnaire étymologique du flamand occidental (2002) que mousen (orthographié ainsi) est emprunté au français mouche qui a pris le sens d'"espion" depuis le XVIe siècle et qui a donné aussi le dérivé mouchard.

Néanmoins le Dictionnaire historique de l'ancien langage françois ou Glossaire de la langue françoise : depuis son origine jusqu'au siècle de Louis XIV (La Curne de Sainte-Palaye, Jean-Baptiste de, H. Champion (Niort), 1875-1882) donne un exemple extrait de la Passion de Faifeu du milieu du XVe siècle dans lequel moucher possède déjà le sens de "moucharder".

Le préverbe ver- indique de manière générale le passage à un après, vers une transformation. Par exemple le verbe vervlaemschen signifie "traduire en flamand". De manière plus précise cette transformation peut être une accentuation, un renforcement par rapport au sens du mot d'origine. Dans notre cas on passe de mousen, "dénoncer", à vermousen, "trahir". Trahir, par son acception morale, étant, me semble-t-il, plus fort et plus large que le fait, l'acte concret de dénoncer.

En conclusion, l'emprunt peut avoir été fait à une époque commençant au moyen-français, au XVe siècle. L'hypothèse picarde semble peu probable pour deux raisons. D'abord aucune trace de ce mot n'existe dans les différents dictionnaires et glossaires de picard que j'ai consulté, ensuite mouche fait mouke en picard et s'il est possible de concevoir une évolution du [ʃ] en [s], cela ne l'est pas pour [k] en [s].

Il faut écrire ces mots: mousen et vermousen contrairement à ce qu'indiquent Moeyaert et al..

Pour être certain de pouvoir voir les transcriptions phonétiques correctement, vous devez télécharger et installer la police Doulos SIL.

P.S. Le Woordenboek van de Vlaamse Dialecten, Deel III, Algemene Woordenschat, aflevering 4: Karakter, Tieneke De Pauw et Magda Devos connaît le mot mousen à Poperinghe, Boezinge et Westouter avec la signifiaction "moucharder, cafarder, cafter" (p. 65). Mouser (p.66) est un mouchard à Poperinghe. En revanche, pour l'arrondissement de Dunkerque, le WVD ne donne pas mousen mais komeeren, le plus souvent et overdragen moins souvent. Deux remarques, d'abord, alors que mousen est connu en France, il ne figure pas sur les cartes et n'a donc pas été cité lors de l'enquête; ensuite le mot est bien orthographié mousen/mouser.


Sources:

De Bo, Westvlaamsch Idioticon, [1892], Familia et Patria, Handzame, 1976

De Brabandere, Frans, West-Vlaams etymologisch woordenboek, Uitgeverij L. J. Veen, Amsterdam/Antwerpen, 2002

Fagoo Arthur, Sansen J., Simon P., Dictionnaire flamand/français français/flamand, Dunkerque, Westhoek Ed./Tegaere Toegaen, 1985

Gezelle, Guido, Loquela, L.J. Veen, Amsterdam, 1907

Moeyaert, Ryckeboer et Debrabandere, Woordenboek van het Frans-Vlaams, Davidsfonds/Literair, Leuven, 2005