jeudi 4 octobre 2018
T' was een keër
http://sos-blootland.com/pages/bakery/t--was-een-keer.-il-etait-une-fois-34.php
mardi 17 janvier 2017
https://www.youtube.com/watch?v=kCeGrqY4t5o
samedi 7 mai 2016
Den vlaschaerd bezaeien
Texte disponible sur le site de l'Akademie van Nuuze Vlaemsche Taele
dimanche 14 avril 2013
mercredi 15 septembre 2010
gifles
Les premiers s'inspirent de la forme de la main, plate avec le mot (de) paele qui évoque la pelle à enfourner le pain, légèrement incurvée avec (den) paelei, issu du français "pellée" ou contenu de la pelle, ou encore d'un gant ou d'une mitaine recouvrant la main avec (de) wante. Pour l'origine de ce dernier mot, il faut également se tourner vers le français ou le picard (au g français correspond un w picard, au "gant" français correspond want en picard).
Cette main, qui va finir par s'écraser sur la joue ou l'oreille du destinataire, va d'abord fendre l'air dans un mouvement circulaire. D'où le mot suivant, (den) draei issu du verbe draeien, "tourner". Lorsqu'elle arrive sur le visage, la baffe le balaie et devient (de) syfa (issu de zichtvaege par un complexe mélange d'assimilations et de réduction de cluster - ou groupe de consonnes). De syfa est né, par dérivation étymologique populaire (c'est à dire qui n'a rien à voir avec l'étymologie réelle), le lexème (den) schyfhand (syfa > syfant > schyfhand), association de hand "main" et de schyveren "faire tourner rapidement dans l'air".
Finalement, la main, avec un peu de chance ou de malchance, selon le point de vue, atteint son objectif. Pendant un instant, elle est en contact, brièvement collée à la joue. On aura alors (de) klyfe (< klyven "coller, adhérer"), (den) plak (< plakken "plaquer, placarder, coller") et (den) klot (de la racine indo-européenne *gel II, "boule collante", cette racine a donné le mot anglais glue "colle")
L'impact de la main est accompagné d'un claquement. Ceci donne naissance à une autre série de mots: (de) klinke, (den) klaeter selon le type de bruit ou encore un mot comme (den) lap qui est une onomatopée. Un autre bruit existe, c'est le bruit intérieur dont seul le destinataire du soufflet a connaissance, une sorte de bourdonnement qui dure plus longtemps que la beigne elle-même: (den) rounker (< rounken "bourdonner").
Si la torgnole soulage parfois les parents de petits démons, sous sa forme symbolique, lors de la confirmation à l'église, elle est censée élever et devient (de) vorminge qui, en quelque sorte, donne forme et édifie.
Cette liste n'est pas limitative.
jeudi 8 juillet 2010
kouschiesteën
Kouschiesteën [ˈkuʃiːˌsteˑɛ̃] (nom masc., pl. kouschiesteëns) est un nom composé: kouschie + steën. Steën signifie "pierre". Pourquoi l'écrire avec un tréma? Parce que ce phonème est diphtongué et est issu du germanique ai qui a aussi donné en allemand Stein. D'autres exemples sont kleën (all. klein), beën (all. Bein) etc. L'écrire ainsi permet de distinguer les mots de paires minimales comme keete (fr. chaîne) et keëte (fr. "petite construction" comme dans hommelkeëte: "baraque à houblon").
Kouschie fait partie des nombreux emprunts au picard et signifie "chaussée". Des formes apparentées s'utilisent en flamand depuis le Moyen-Age. Dans le Dictionnaire du patois de la Flandre française ou wallonne (Louis Vermesse, Douai, L. Crépin, 1867), on trouve les deux formes cauchie et couchie. Moeyaert, Ryckeboer, De Brabandere dans le Woordenboek van het Frans-Vlaams/Dictionnaire du flamand de France (2005) orthographient ce mot ainsi: koesjiesteen ce qui en permet la lecture par les néerlandophones.
Les emprunts au français et au picard depuis le Moyen-Age font du flamand occidental la plus romane des langues germaniques.
Pour voir correctement les transcriptions phonétiques, veuillez télécharger et installer la police Doulos SIL.
La graphie flamande utilisée est la graphie normalisée de l'ANVT.
mardi 6 juillet 2010
Een raedsel
- Voor tien centymen
Je meugt ze zien.
Réponse: Me naeme ['mə 'naːmə]
Jeu de mot avec: men haeme ['mən 'aːmə]
Traduction
- Quel est ton nom?
- Pour dix centimes
Tu peux le voir.
Réponse: Mon nom
Jeu de mot avec: Mon jarret
Haeme (n. fém., pl. haemen)(néerl. knieholte, knieboog), plus ancienne mention écrite 1320-1330. Cf. anglais ham ("That part of the leg at the back of the knee; the hollow or bend of the knee", Oxford English Dictionary)
lundi 28 juin 2010
mousen/vermousen
Le Dictionnaire flamand/français français/flamand de Fagoo, Sansen, Simon (1985) donne mousen: "moucharder, dénoncer".
Dans Moeyaert (2005), les deux verbes figurent transcrits sous les formes moessen "dénoncer" et vermoessen "trahir". Rappelons que la graphie de Moeyaert est adaptée au lecteur néerlandophone pour qui la graphie ou est associée à la diphtongue [ow] et non à [u]. Comme ces mots n'existent pas en néerlandais, il a donc choisi oe en syllabe fermée en doublant le s qui suit. Ce choix rappelle la graphie mistralienne de l'occitan où l'on écrit le provençal en utilisant les principes phonétiques du français. Moeyaert se demande également si mousen ne serait pas un emprunt au picard.
De Brabandere qui est co-auteur avec Moeyaert du Woordenboek van het Frans-Vlaams - Dictionnaire du flamand de France écrit dans son propre dictionnaire étymologique du flamand occidental (2002) que mousen (orthographié ainsi) est emprunté au français mouche qui a pris le sens d'"espion" depuis le XVIe siècle et qui a donné aussi le dérivé mouchard.
Néanmoins le Dictionnaire historique de l'ancien langage françois ou Glossaire de la langue françoise : depuis son origine jusqu'au siècle de Louis XIV (La Curne de Sainte-Palaye, Jean-Baptiste de, H. Champion (Niort), 1875-1882) donne un exemple extrait de la Passion de Faifeu du milieu du XVe siècle dans lequel moucher possède déjà le sens de "moucharder".
Le préverbe ver- indique de manière générale le passage à un après, vers une transformation. Par exemple le verbe vervlaemschen signifie "traduire en flamand". De manière plus précise cette transformation peut être une accentuation, un renforcement par rapport au sens du mot d'origine. Dans notre cas on passe de mousen, "dénoncer", à vermousen, "trahir". Trahir, par son acception morale, étant, me semble-t-il, plus fort et plus large que le fait, l'acte concret de dénoncer.
En conclusion, l'emprunt peut avoir été fait à une époque commençant au moyen-français, au XVe siècle. L'hypothèse picarde semble peu probable pour deux raisons. D'abord aucune trace de ce mot n'existe dans les différents dictionnaires et glossaires de picard que j'ai consulté, ensuite mouche fait mouke en picard et s'il est possible de concevoir une évolution du [ʃ] en [s], cela ne l'est pas pour [k] en [s].
Il faut écrire ces mots: mousen et vermousen contrairement à ce qu'indiquent Moeyaert et al..
Pour être certain de pouvoir voir les transcriptions phonétiques correctement, vous devez télécharger et installer la police Doulos SIL.
P.S. Le Woordenboek van de Vlaamse Dialecten, Deel III, Algemene Woordenschat, aflevering 4: Karakter, Tieneke De Pauw et Magda Devos connaît le mot mousen à Poperinghe, Boezinge et Westouter avec la signifiaction "moucharder, cafarder, cafter" (p. 65). Mouser (p.66) est un mouchard à Poperinghe. En revanche, pour l'arrondissement de Dunkerque, le WVD ne donne pas mousen mais komeeren, le plus souvent et overdragen moins souvent. Deux remarques, d'abord, alors que mousen est connu en France, il ne figure pas sur les cartes et n'a donc pas été cité lors de l'enquête; ensuite le mot est bien orthographié mousen/mouser.
Sources:
De Bo, Westvlaamsch Idioticon, [1892], Familia et Patria, Handzame, 1976
De Brabandere, Frans, West-Vlaams etymologisch woordenboek, Uitgeverij L. J. Veen, Amsterdam/Antwerpen, 2002
Fagoo Arthur, Sansen J., Simon P., Dictionnaire flamand/français français/flamand, Dunkerque, Westhoek Ed./Tegaere Toegaen, 1985
Gezelle, Guido, Loquela, L.J. Veen, Amsterdam, 1907
Moeyaert, Ryckeboer et Debrabandere, Woordenboek van het Frans-Vlaams, Davidsfonds/Literair, Leuven, 2005
jeudi 24 juin 2010
Bilan
Les vidéos ont été vues près de 900 fois. En 4 mois, l'interview de Monsieur Dannoot à elle seule a été vue 244 fois. Tout cela m'encourage à continuer.
dimanche 20 juin 2010
Van steevysters en boeretaps
Ainsi, en France, on reproche à tous les Parisiens leur prétendue arrogance comme à tous les Anversois en Belgique. Au début du XXe siècle, dans l'Almanach de Tisje Tasje, les francophones étaient présentés comme beaux parleurs, menteurs et trompeurs. En Belgique, les Flamands sont représentés dans leur globalité comme travailleurs et les Wallons comme paresseux.
En flamand, en France, on désigne les citadins du mot steevysters.
Steevyster est composé de stee + vyster. Stee est dérivé de steede avec la disparition du d intervocalique après une voyelle longue, phénomène extrêmement courant en flamand occidental et qui existait déjà au Moyen-Age.
Vyster est une nominalisation du verbe vysten, à la racine vyst- on a ajouté le suffixe -er. Vysten avait le sens de "souffler", vyster a été utilisé dans le passé pour désigner une omelette soufflée. Le premier sens de vysten que donne le WNT est "lâcher un vent, faire un pet". Vyster serait donc une personne qui fait des pets ou qui est soufflée, gonflée d'air. Cela fait-il allusion à une prétendue arrogance, au fait d'être bouffi de suffisance ou selon l'expression bien connue qui "pète plus haut que son cul", représentation du citadin vu par le rural?
Vysteren est un verbe fréquentatif dérivé de vysten qui signifiait, selon Gezelle, "passer son temps à parler". Steevyster est-il alors une allusion au citadin beau parleur?
Boeretap a le sens de "plouc", "rustre". Ce nom est composé de boer "paysan" et tap. A l'origine tap est un bouchon, une bonde de tonneau. On trouve aussi le sens de "robinet". Le sens évolue ensuite vers "pénis" chez Kiliaen (Etymologicum Teutonicae Linguae, 1599). On voit bien le rapport. Ce sens s'est élargi, de la partie au tout, et a évolué vers "homme". Evidemment, dans l'esprit décrit plus haut et de manière caricaturale, on associe l'état de paysan à celui de rustre.
D'autres qualificatifs sont utilisés. Par exemple, la personne qui répond à l'enquête Willems (1885) pour Lederzeele écrit: "Les knols et autres patois (alve waels en Koornoweels) des environs de St.-Omer, disent en français une escute... " à propos du mot flamand schuute. Sur knol H. Ryckeboer donne l'indication "Dit is blijkbaar een scheldnaam voor anderstaligen" (Trad. C'est probablement une qualificatif injurieux envers les non-flamandophones).
Cyriel Moeyaert donne ce terme sous les formes knol et tnol: "groentekweker bij Sint-Omaars, maraîcher (Rubrouck 2001)" (Trad. maraîcher de la région de Saint-Omer). Le WNT donne la définition suivante: "Benaming, in sommige streken, voor den verdikten, uivormigen wortel van het Raapzaad, Brassica Rapa L. var. Rapa Thell., elders raap geheeten" (Trad. Dénomination, dans certaines régions, de la grosse racine de la navette/du navet, Brassica Rapa L. var. Rapa Thell. appelée ailleurs raap). Le WNT donne également la signification: "Lompe of domme mans-, zelden: vrouwspersoon" (Trad. Homme, rarement femme, grossier ou stupide). Le knol dont il est question ici fait peut-être référence à la racine donc à la profession de maraîcher mais plus sûrement à un personne lourdaude et stupide comme à chaque fois qu'il s'agit de désigner des paysans. Knol a évolué en tnol, sous l'effet de l'assimilation: le point d'articulation du k vélaire avance dans la bouche pour rejoindre celui du n, une dentale, pour devenir t, une dentale également.
Revenons pour finir sur "alve waels en koornoweels" (alve pour halve) (Trad. demi-Wallons/demi-francophones et koornoweels). Moeyaert cite trois formes: kornoweel, koornoweel, kornowal, signifiant "iemand die noch Frans noch Vlaams spreekt, personne qui écorche le flamand", pour mieux traduire, personne qui écorche à la fois le flamand et le français, et cite "'T is peur lik e kornowal (Lederzeele, 1989), 't ziin koornoweels (Lederzeele, 1989), E kornoweel (Millam, 1995)"
De Bo donne la forme: kornuweel et la signification: "iemand van gemengde ras, bastaard, mulat" (Trad. personne de sang mêlé, bâtard, mulâtre). De Brabandere quant à lui donne les formes kornuweel, kornuwaal et la signification: "een Fransman die Vlaams spreekt" (Trad. un Français qui parle flamand). Ce mot proviendrait du vieux-français cornuel "cornu", diminutif du latin cornu "corne". De Brabandere énumère les patronymes Rogier Cornuel = Roeger Cornuwel, Rekkem, en 1398 ; Pieter Cronuweel, Courtrai en 1413. Il faut comprendre "cornu" comme une "personne qui porte des cornes", "cocu". Le WNT, tout en citant De Bo limite la signification: "Benaming in het Westvl. voor een bastaard" (Trad. Dénomination d'un bâtard en flamand occidental). On peut comprendre comment on est passé du cocu au bâtard en se les représentant comme les produits, sujets de moquerie et de rejet, d'une relation que la société interdit. Le bâtard est le résultat de l'union de ce qui ne devrait pas être réuni, le cocu aussi. Lorsqu'on passe à "parler mal le français ou le flamand" on a affaire à un "abâtardissement" de la langue.
Sources:
De Bo, Westvlaamsch Idioticon, [1892], Familia et Patria, Handzame, 1976
De Brabandere, Frans, West-Vlaams etymologisch woordenboek, Uitgeverij L. J. Veen, Amsterdam/Antwerpen, 2002
Ryckeboer, Hugo, "De enquête Willems in Frans-Vlaanderen", in Taal en Tongval, Themanummer 2: 100 jaar enquête Willems, pp. 108-118, 1989
Moeyaert, Ryckeboer et Debrabandere, Woordenboek van het Frans-Vlaams, Leuven: Davidsfonds/Literair, 2005
mercredi 21 avril 2010
kommelaege
Dans le dictionnaire des dialectes flamands (Woordenboek van de Vlaamse Dialekten, Deel 1, Landbouwwoordenschat; Aflevering 2, Behuizing, Magda Devos et al., 1985) on trouve le mot: kommelaege (orthographe ANVT) (néerl. bouwgeraamte, fr. 'charpente complète d'une maison à colombage, y compris les murs') cité pour Oxelaere, Hondeghem, Broxeele et Nieurlet dans lequel le g se prononce à la française. Aucun autre mot n'est donné pour le flamand de France. Le WVD ne donne pas d'origine étymologique.
De Brabandere dans son dictionnaire étymologique du flamand occidental (Etymologisch Woordenboek van het West-Vlaams, 2005) cite un kommel (n. masc.) ayant seulement le sens de 'grosse corde' qui proviendrait peut-être du vieux français comble 'faîte' (d'un toit), du lat. cumulum 'tertre'. On ne voit pas comment passer du faîte d'un toit à une corde.
Le WNT à l'article kommel, reprenant les informations chez De Bo (Westvlaamsch Idioticon, 1892) ajoute que ce mot existait déjà au XIVe, sous la forme commel ayant pour origine possible le vieux français comblel: 'grosse corde, câble'. Si cela explique le kommel flamand occidental: 'grosse corde', on voit en revanche difficilement comment on passerait de 'grosse corde' à notre 'charpente' en flamand de France.
Pour comprendre il faut retourner au vieux-français et faire un détour par le picard.
Godefroy (Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du 9e au 15e siècle, Paris, 1881) donne, quant à lui, deux entrées pour le vieux français comblel. La seconde est en effet 'sorte de corde pour attelage' qui serait donc à l'origine du sens 'grosse corde' en flamand occidental, mais la première est 'comble' (sous le toit). Ce qui convient mieux pour la charpente. De plus, en picard (Glossaire étymologique et comparatif du patois picard, ancien et moderne, Jules Corblet, Paris, 1851), le mot 'comble' a le sens plus précis de 'chevron, pièce de charpente' en plus de 'câble' que l'on retrouve ici.
A kommel, on a ajouté le suffixe d'origine française -aege qui est attesté dans d'autres mots flamands, en faisant un nom féminin et donnant un sens collectif.
On serait donc passé sémantiquement d'une pièce de charpente, le sens picard de 'comble', à la charpente dans son ensemble en flamand de France avec une forme issue du vieux-français comblel alors qu'en flamand occidental la forme kommel issue également de comblel a pris l'autre signification de 'grosse corde'.
Suite à cet article, un lecteur confirme que le mot kommel pour désigner une grosse corde est connu à Steenbecque.
mercredi 14 avril 2010
Tweetaligheid
Pourtant, dans un article que je viens de lire intitulé "Ingwäonismen in Flandern" (in Die Leistung der Strataforschung und der Kreolistik, Typologische Aspekte der Sprachkontakte, Akten des 5. Symposions über Sprachkontakt in Europa, Mannheim 1982, Linguistische Arbeiten: 125, Ed. P. Sture Ureland, Tübingen, Niemeyer, 1982, pp 277-296), Johan Taeldeman écrit: "Der sozio-ökonomische und kulturelle Aufstieg Flanderns in 20. Jahrhundert hat es u.a. mit sich gebracht, dass die flämischen Mundarten jetzt sehr schnell ihre Authentizität verlieren. Weil die meisten flämischen Ingwäonismen nicht zur niederländischen Hochsprache gehören, fallen auch sie der allgemeinen Tendenz nach Einebnung in der Richtung der ndl. Hochsprache zum Opfer" (p. 286). Traduction: Le développement économique et culturel de la Flandre au XXe siècle a eu pour conséquence entre autres que les dialectes flamands perdent maintenant très rapidement leur authenticité. Comme la plupart des inguéonismes flamands n'existent pas en néerlandais standard, ils suivent la tendance générale au nivellement dans la direction du néerlandais standard".
Où est donc la vérité? Dans la déclaration publique à la télévision à destination des télespectateurs flamands ou dans un article scientifique lu par un nombre restreint de spécialistes? Pourquoi cette différence? Pourquoi une vérité scientifique n'est-elle pas bonne à dire au public flamand de Belgique? Est-ce lié au refus de reconnaître officiellement le flamand occidental comme langue régionale par le gouvernement flamand après consultation de la Taalunie (organisme chargé de la promotion du néerlandais), ce qui permettrait de le défendre et le promouvoir? En effet pourquoi chercher à défendre une langue qui ne serait pas en danger... Double langage?
mercredi 7 avril 2010
Den eersten maend van 't jaer (mise à jour)
mercredi 17 février 2010
M. Dannoot van Rekspoede
Pour voir cette vidéo de 20 mn en HD, rendez vous ici.
samedi 13 février 2010
Den eersten maend van 't jaer
Den eersten maend van 't jaer
'K en/ne zouden me leeven nie geeven (bis)
Voor eën patryse die vliegt, vliegt, vliegt
Voor eën patryse die vliegt.
Den twedden maend van 't jaer
'K en/ne zouden me leeven nie geeven (bis)
Voor tweë toortelduuven
En eën patryze die vliegt, vliegt, vliegt
En eën patryze die vliegt
Den dryden maend van 't jaer
'K en/ne zouden me leeven nie geeven (bis)
Voor drie ganzen die zwerven,
Tweë toortelduuven
En eën patryze die vliegt, vliegt, vliegt
En eën patryze die vliegt
Den vierden maend van 't jaer
'K en/ne zouden me leeven nie geeven (bis)
Voor vier peerden die trekken,
Drie ganzen die zwerven,
Tweë toortelduuven
En eën patryze die vliegt, vliegt, vliegt
En eën patryze die vliegt
Den vuufden maend van 't jaer
'K en/ne zouden me leeven nie geeven (bis)
Voor vuuf keuns die loopen,
Vier peerden die trekken,
Drie ganzen die zwerven,
Tweë toortelduuven
En eën patryze die vliegt, vliegt, vliegt
En eën patryze die vliegt
Den zesden maend van 't jaer
'K en/ne zouden me leeven nie geeven (bis)
Voor zes honds die jaegen,
Vuuf keuns die loopen,
Vier peerden die trekken,
Drie ganzen die zwerven,
Tweë toortelduuven
En eën patryze die vliegt, vliegt, vliegt
En eën patryze die vliegt
Den zeevensten maend van 't jaer
'K en/ne zouden me leeven nie geeven (bis)
Voor zeeven muuzen die piepen,
Zes honds die jaegen,
Vuuf keuns die loopen,
Vier peerden die trekken,
Drie ganzen die zwerven,
Tweë toortelduuven
En eën patryze die vliegt, vliegt, vliegt
En eën patryze die vliegt
Den achtsten maend van 't jaer
'K en/ne zouden me leeven nie geeven (bis)
Voor acht rats die tnaerzen,
Zeeven muuzen die piepen,
Zes honds die jaegen,
Vuuf keuns die loopen,
Vier peerden die trekken,
Drie ganzen die zwerven,
Tweë toortelduuven
En eën patryze die vliegt, vliegt, vliegt
En eën patryze die vliegt
Den neegensten maend van 't jaer
'K en/ne zouden me leeven nie geeven (bis)
Voor neegen kalven die krunkelsteerten,
Acht rats die tnaerzen,
Zeeven muuzen die piepen,
Zes honds die jaegen,
Vuuf keuns die loopen,
Vier peerden die trekken,
Drie ganzen die zwerven,
Tweë toortelduuven
En eën patryze die vliegt, vliegt, vliegt
En eën patryze die vliegt
Den tiensten maend van 't jaer
'K en/ne zouden me leeven nie geeven (bis)
Voor tien koen die geeven,
Neegen kalfs die krunkelsteerten,
Acht rats die tnaerzen,
Zeeven muuzen die piepen,
Zes honds die jaegen,
Vuuf keuns die loopen,
Vier peerden die trekken,
Drie ganzen die zwerven,
Tweë toortelduuven
En eën patryze die vliegt, vliegt, vliegt
En eën patryze die vliegt
Den elfsten maend van 't jaer
'K en/ne zouden me leeven nie geeven (bis)
Voor elf hennen die leggen,
Tien koen die geeven,
Neegen kalven die krunkelsteerten,
Acht rats die tnaerzen,
Zeeven muuzen die piepen,
Zes honds die jaegen,
Vuuf keuns die loopen,
Vier peerden die trekken,
Drie ganzen die zwerven,
Tweë toortelduuven,
En eën patryze die vliegt, vliegt, vliegt
En eën patryze die vliegt
Den twaelfsten maend van 't jaer
'K en/ne zouden me leeven nie geeven (bis)
Voor twaelf haens die kraeien,
Elf hennen die leggen,
Tien koen die geeven,
Neegen kalven die krunkelsteerten,
Acht rats die tnaerzen,
Zeeven muuzen die piepen,
Zes honds die jaegen,
Vuuf keuns die loopen,
Vier peerden die trekken,
Drie ganzen die zwerven,
Tweë toortelduuven
En eën patryze die vliegt, vliegt, vliegt
En eën patryze die vliegt
"Le premier mois de l'année
Je ne donnerais pas ma vie
Pour une perdrix qui vole, vole, vole
Pour une perdrix qui vole.
Le deuxième mois de l'année...
Le troisième mois de l'année...
...
Le douzième mois de l'année
Je ne donnerais pas ma vie
Pour douze coqs qui chantent,
Onze poules qui pondent,
Dix vaches qui donnent du lait,
Neuf veaux dont la queue se tortille,
Huit rats qui rongent,
Sept souris qui couinent,
Six chiens qui chassent,
Cinq lapins qui courent,
Quatre chevaux qui tirent,
Trois oies qui vont de-ci de-là,
Deux tourterelles
Et une perdrix qui vole, vole, vole,
Et une perdrix qui vole."
Quelques petites remarques linguistiques d'abord.
- L'article den est prononcé de manière complète alors que dans la conversation courante, par assimilation, la suite de deux consonnes est réduite en [n].
- Le même phénomène, si courant en flamand occidental, se produit dans le mot zouden, ou le e ne se prononce pas, donc on se retrouve avec la suite consonnantique dn qui est réduite à n et on prononce [zun]
- Dans 'K en zouden me leeven nie geeven, le chanteur prononce 'k e sans nasalisation du e. D'abord, en est la première partie de la forme négative: en ... nie, comme en français ne... pas. La prononciation est variable selon le locuteur qui peut, selon le cas, prononcer æ nasalisé, ou ən ou ə. On m'a même dit que certains prononcent [nə] , c'est à dire le doublon médiéval de en qui était ne.
- On remarquera la prononciation typique dans la zone flamandophone en France des mots en uu: vuuf, (toortel)duuven, muuzen qui se prononcent "veuf", "deuven" et "meuzen".
- Pour tnaerzen, cf. inke en inte.
- Krunkelsteerten est composé de deux mots: krunkel(en) + steert + -en (suffixe verbal). Krunkelen signifie "se tordre", "remuer en ondulant" et steert "queue". Les deux mots sont accolés pour former un verbe composé. D'autres verbes du même type existent, wrikkelsteerten: wrikkel(en) "remuer avec des mouvements d'aller et retour" + steert "queue" + -en donc "remuer la queue de droite à gauche" comme le fait un chien content ou encore wikkelsteerten "remuer la queue avec un mouvement tournant/de droite à gauche", schudhoofden "dodeliner de la tête" (schuud(en) "secouer" + hoofd "tête" + -en), duukenekken "marcher en dodelinant" (duuken "s'incliner, pencher" + nekke "nuque, cou" + -en).
Pour ce qui est du contenu, cette chanson récapitulative rappelle un chant de Noël anglais, The Twelve Days of Christmas qui date au moins du XVIIe siècle.
La dernière strophe qui récapitule toutes les précédentes dit:
On the twelfth day of Christmas,
My true love sent to me
Twelve drummers drumming,
Eleven pipers piping,
Ten lords a-leaping,
Nine ladies dancing,
Eight maids a-milking,
Seven swans a-swimming,
Six geese a-laying,
Five golden rings,
Four colly birds,
Three French hens,
Two turtle doves,
And a partridge in a pear tree!
Dans la version anglaise, les cadeaux sont offerts au chanteur par son amoureux/amoureuse.
Selon une interprétation chrétienne récente, c'est Dieu qui fait ces cadeaux:
1 True Love, le "vrai amour" réfèrerait à Dieu et la perdrix à Jesus-Christ,
2 Turtle Doves (tourterelle) réfèrerait à l'Ancien et au Nouveau Testaments,
3 French Hens (poules françaises, Gallus gallus domesticus) réfèrerait à la foi, l'espoir et à la charité: les vertus théologales,
4 Colly Birds (oiseaux noirs = merles) réfèrerait aux quatre Evangiles ou aux quatre évangélistes,
5 Golden Rings (bagues d'or, en fait des faisans de Colchide) réfèrerait au Pentateuque, les cinq premiers livres de l'Ancien Testament,
6 Geese A-laying (oies qui pondent) réfèrerait aux six jours de la création,
7 Swans A-swimming (cygnes qui nagent) réfèrerait aux sept cadeaux du Saint-Esprit, les sept sacrements,
8 Maids A-milking (jeunes filles/servantes qui traient) réfèrerait aux huit Béatitudes,
9 Ladies Dancing (dames qui dansent) réfèrerait aux neuf fruits du Saint-Esprit, cf. Galates 5:22 (la charité, la joie, la paix, un esprit patient, la bonté, la bénéficience/bienfaisance, la fidélité, la douceur, la tempérance),
10 Lords A-leaping (seigneurs qui font des bonds) réfèrerait aux dix commandements,
11 Pipers Piping (cornemuseux qui jouent de leur instrument) réfèrerait aux onze Apôtres fidèles,
12 Drummers Drumming (tambours qui frappent sur leur instrument) réfèrerait aux douze points de la doctrine dans la Credo, le Symbole des Apôtres.
Il se pourrait aussi, selon des interprétations plus anciennes et semble-t-il plus crédibles, qu'il s'agisse des douze jours entre Noël et l'Epiphanie, ce que nous appelons de lootdaegen/lotdaegen, les jours du destin ou teëkendaegen, les jours du signe (annonciateur), chaque jour annonçant le temps qu'il fera chaque mois de l'année. La chanson anglaise trouverait son origine dans un jeu de mémoire qui se jouait le douzième jour après Noël. Chaque joueur ajoutant un vers et devant se souvenir des précédents sans erreur.
La chanson anglaise serait d'origine française.
On trouvera de renseignements plus précis sur Wikipedia.
Une autre version flamande (1833), ainsi transcrite, figure dans les archives de Guido Gezelle, dans laquelle on a une inversion. En effet, le chanteur ne reçoit plus de cadeaux mais s'interroge sur ce qu'il/elle donnera à son amoureuse/amoureux:
'T is nu de eerste maand van 't jaar
Wat ga ik mij zoet lief geven
Een patrise die flieg flieg flieg
"Le premier mois de l'année
Que donnerai-je à mon doux amoureux/ma douce amoureuse
Une perdrix qui vole, vole, vole"
On peut voir que la version présentée ici ne fait intervenir que des animaux, le texte est plus prudent, méfiant même car le chanteur ne donnerait pas sa vie même pour tous ces animaux réunis. On y retrouve l'oie, la poule, la tourterelle et la perdrix de la chanson anglaise mais les jeunes filles qui traient les vaches sont devenues les vaches elles-mêmes.
La Nederlandse Liederenbank indique deux versions différentes publiées:
1- Ghesquiere, Remi, Kinderspelen uit Vlaamsch België verzameld door den westvlaamschen onderwijzersbond. 1. Spelen met zang, 1905, notée à Courtrai (Flandre Occidentale) et dont les premiers mots sont:
Me zijn nu de eerste maand van het jaar / en wa' ga' me da' zoete kind geven? (Een patrijsse die vliegt vliegt vliegt / ja een patrijsse die vliegt).
2- Bols, J. Wereldlijke volksliederen met de melodieën. Verzameld uit het nagelaten werk van E. H. Dr. Jan Bols. Tweede bundel: 3. Verhuisliederen. 4. Feest-, drink-, spot- en kluchtliederen. 5. Liederen op dieren. 6. Kinderliederen, 1949, notée à Geluwe (Flandre Occidentale) et dont les premiers mots sont
Wij zijn nu de eerste maand van het jaar. / Wat ga me dat zoete kind geven? (en 1 patrisse da flieg, flieg, flieg; / en een patrisse da flieg).
Les animaux cités sont une perdrix, des tourterelles, des oiseaux, des oies, des chiens, des lapins, des vaches, des chevaux, des rats.
Sur ce site on trouvera une chanson française (ainsi que la musique sous forme de fichier MIDI) dont les paroles sont les suivantes et qui se rapprochent fortement de la chanson flamande présentée ici:
Les mois de l'année
Au premier mois de l'année
Que donn'rai-je à ma mie ? (bis - les deux vers)
Une perdriole Qui va, qui vient, qui vole,
Une perdriole Qui vole dans le bois
Au deuxième mois de l'année
Que donn'rai-je à ma mie ? (bis - les deux vers)
Deux tourterelles,
Une perdriole
Qui va, qui vient, qui vole,
Une perdriole
Qui vole dans le bois
...
Au douzième mois de l'année
Que donn'rai-je à ma mie ? (bis - les deux vers)
Douze demoiselles, gentilles et belles,
Onze beaux garçons,
Dix bœufs au pré,
Neuf vach' à lait,
Huit moutons blancs,
Sept chiens courants,
Six lièvr' aux champs,
Cinq lapins grattant la terre,
Quat' canards volant en l'air,
Trois ramiers au bois,
Deux tourterelles,
Une perdriole
Qui va, qui vient, qui vole,
Une perdriole
Qui vole dans le bois
Ce même site donne les paroles et la musique d'une autre chanson française, Le premier jour de mai, dont le thème est proche de la précédente:
Le dixième jour de mai
Que donn'rai-je à ma mie ? (bis - les deux vers)
Dix veaux bien gras,
Neuf bœufs cornus,
Huit moutons tondus,
Sept vach'(s) à lait,
Six chiens courants,
Cinq lapins en terre,
Quat' canards en l'air,
Trois ramiers au bois,
Deux tourterelles,
Un' perdriole,
Une perdriole
Qui va, qui vient, qui vole,
Une perdriole
Qui vole dans ces bois.
Une autre de ces chansons récapitulatives a été notée par E. de Coussemaker (1856): De twaelf glaezen qui comme par hasard tourne aussi autour du nombre douze.
La graphie flamande utilisée est la graphie normalisée de l'ANVT.
mercredi 10 février 2010
pyfer
Le terme s'applique à l'origine à un étalon qui ne peut pas se reproduire pour des raisons naturelles et non parce qu'il a été castré, en particulier à un étalon dont les testicules ne sont pas descendus.
Le terme s'est ensuite étendu aux porcs, puis aux hommes impuissants ou maladifs ou encore faibles physiquement, enfin aux enfants maladifs ou délicats.
Debrabandere (2002) écrit que ce mot pourrait peut-être venir du moyen-français piffre < phîfer (cf. allemand Pfeifer "joueur de flute/fifre"). L'idée de faiblesse pourrait venir du sens "jouer de la flûte", la flûte/le fifre étant un instrument de musique peu bruyant, on en arrive à "parler d'une voix faible".
Ce site indique qu'un piffre est un homme gros qui a les joues gonflées, comme s'il jouait de la flûte ou du fifre. Ce mot vient de pifre, qui s'est dit, au XVIe siècle, pour fifre, et qui est l'ital. pifero, esp. pifaro, "fifre". Ces mots, à leur tour, dérivent de l'anc. haut-allem. pfîfa, all. mod. Pfeife, "sifflet". Diez (Dictionnaire étymologique des langues romanes, Friedrich Diez, 1853) remarque que le mot germanique n'est pas indigène et qu'il est une altération du lat. pipare, pipiare, "piauler" (cf. pipeau).
En moyen-français, pif(f)re signifiait "corpulent, gros". Le sens péjoratif se retrouve dans "nez gros et laid" et dans le moyen-français pif(f)re "homme dont les testicules ne sont pas descendus".
Debrabandere indique pour finir le terme pîf (St Pol (?)) "cochon ou veau au sexe indéterminé" ou "avec un seul testicule".
Arthur Fagoo me signale en complément que pif s'utilise pour désigner, selon ses propres mots, "tous les animaux mâles voués à la reproduction lorsqu'ils n'atteignaient pas les objectifs assignés".
Sources:
De Bo, Westvlaamsch Idioticon, [1892], Familia et Patria, Handzame, 1976
De Brabandere, Frans, West-Vlaams etymologisch woordenboek, Uitgeverij L. J. Veen, Amsterdam/Antwerpen, 2002
Greimas, Algirdas Julien, Grand dictionnaire. Ancien Français. La langue du Moyen-Age. De 1080 à 1350, Larousse, Paris, 2007
inke en inte
La réponse est non. Inkt est issu d'une forme de la région rhénane (Trèves), enket, qui trouve elle-même son origine dans le bas-latin encautum, encaustum du nom de l'encre rouge utilisée au Moyen-Age par les empereurs allemands pour signer.
La forme inke est empruntée à l'ancien français enca, enque (11ème siècle) et elle est commune à l'anglais qui a effectué le même emprunt. La vélaire k s'est transformée en alvéolaire t sous l'influence de l'autre alvéolaire n qui la précède pour donner la nouvelle forme inte.
Le même phénomène se produit lorsque le k précède le n, par exemple:
knyzen > tnyzen
knecht > tnecht (le k va même jusqu'à ne plus être prononcé du tout: den (k)nechtejoungen)
knaerzen > tnaerzen (écrit de cette manière par Moeyaert, Ryckeboer et Debrabandere, 2005, p.249 et 149)
ou sous l'influence d'une autre alvéolaire, ici r:
hurken > hurten (écrit de cette manière par Moeyaert, Ryckeboer et Debrabandere, 2005, p.128)
On a donc raison d'admettre les deux orthographes inke et inte en flamand occidental et de ne pas adopter la graphie néerlandaise inkt(e).
Sources:
M. Philippa e.a. (red.), Etymologisch Woordenboek van het Nederlands, Amsterdam: AUP, 2004-2009
Moeyaert, Ryckeboer et Debrabandere, Woordenboek van het Frans-Vlaams, Leuven: Davidsfonds/Literair, 2005
Oxford English Dictionary
dimanche 10 janvier 2010
Batavieren
L.L. De Bo, en 1892, pensait qu'il fallait chercher l'origine de ce mot le mot battementen, un verbe dérivé de battement "comédie, farce, batelerie". Mais on ne voit pas l'évolution de battementen à batavieren.
Selon Debrabandere (2002), batavieren serait dérivé de Batavier "Batave", du nom d'un habitant de la Batavie maintenant la Betuwe, une région des Pays-Bas. Debrabandere écrit que les Bataves, une tribu germanique des Pays-Bas antiques, auraient eu une réputation de rudesse ou de brutalité et d'audace. On voit bien comment la signification aurait pu évoluer de cette réputation à "chahuter" ou au sens supplémentaire "se quereller, se battre" que donne Debrandere à batavieren.
On a du mal à croire que c'est la tribu antique et sa réputation à l'époque romaine qui est à l'origine du batavieren ouest-flamand. Peut-être faut-il plutôt chercher vers l'époque de l'occupation hollandaise de 1815 à 1830 de ce qui deviendra la Belgique après cette période?
Je me permettrai d'ajouter une autre possibilité personnelle. Batavieren ne proviendrait-il pas d'un mot attesté dès le XIVème siècle: bataelgieren issu du vieux-français batailler. La fricative g aurait pu évoluer vers une autre fricative v plus facile à prononcer après un voyelle antérieure et devant une autre voyelle antérieure. L'évolution sémantique me semble plus convaincante que la référence à des comportements attribués aux Bataves.
Références bibliographiques:
De Bo, L. L., West-Vlaamsch Idioticon, Gand, 1892
Debrabandere, F., West-Vlaams etymologisch woordenboek, Amsterdam, Anvers, 2002
MNW: entrée bataelgieren
mardi 24 novembre 2009
neuze en eers
eers (masc.) (pl. eerzen): derrière, postérieur, arrière-train (néerl. aars, angl. arse)
neuze (masc. et fém.): nez
Neuze en eers est décrit dans le WNT comme étant une expression ouest-flamande. L'expression neuze en eers est citée par DE BO qui donne l'exemple et l'explication suivants:
"Graanschooven liggen neus en eers (of top en eers), als de auwen van de eene liggen bij de bouten van de andere en vice-versa" (Trad. Les gerbes sont placées têtes-bêches, lorsque les épis d'une gerbe reposent sur le pied des tiges d'une autre gerbe et vice-versa) ce qui est une utilisation aussi citée par un homme dans un enregistrement que m'a adressé Frédéric Devos.
Cet homme dit euze en eers, qui est le résultat d'une réanalyse. En effet, généralement, on aura un verbe devant l'expression comme par exemple liggen et on a un -n à la fin du verbe et un n- au début de neuze. Au lieu de placer la frontière de mot entre les deux n, on la place après le deuxième n et on passe ainsi de liggen # neuze en eers à liggen(n) # euze en eers.
Dans le même enregistrement, une dame semble dire uuze en eers. Il peut s'agir du vieux mot français huze (XVIe s.) qui était une variante de hure et qui signifiait "tête" (hérissée et en désordre, d'après le Littré). DE BO cite l'expression neuze en neuze, nez à nez, tête à tête, en faisant le rapprochement avec l'expression française huze à huze. On sait que de nombreux mots flamands ont été empruntés au français dès le Moyen-Age.
On fait parfois dormir deux enfants allongés têtes-bêches (ou tête-bêche) dans un seul lit. On voit la position, le nez d'un enfant pouvant se trouver à la hauteur du postérieur de l'autre. Il existait autrefois un jeu qui est présent dans le tableau de Breughel montrant les jeux d'enfant. Ce jeu s'appelait en flamand neuze in eers c'est à dire le nez dans le derrière. En français, il s'agissait du pet-en-gueule ou pète-en-gueule. Le jeu du pet-en-gueule est cité par Rabelais parmi les jeux de Gargantua aussi appelé jeu de virer les couettes.
Den verlooren zeune (1872) (notes)
- dat: habituellement dans ce cas diet. Diet/dien = "qui", dat/dan = "que"
- hadde, les h ne se prononcent pas car /h/ n'est pas un phonème en flamand occidental
2- hen, pronom sujet masc. 3ème pers. sing, hy +-n > hen
- diet ici = dat. Diet lorsque le verbe qui suit se termine par -t au présent et dien lorsqu'il se termine par -en
- muchte = prétérit de meugen
- part = "partie"
- nem, évolution en France de hem, comme uus > nuus, hulder > nulder, heur > neur
3- korts par assimilation prononcé kors
- ging prétérit de gaen "aller" aussi goung
- varre = verre (forme inguéonique, influencée par le germanique de la Mer du Nord, cf. angl. far)
- latsten: par assimilation prononcé lasten, raccourcissement vocalique provoqué par le superlatif, laete > latste(n)
4- opbrassen: "croquer" (ici, sa part d'héritage), "dépenser"
- begunste, prétérit de begunnen, prononcé beguste par assimilation du n
5- makte: prétérit régulier de maeken, raccoucissement vocalique au prétérit
- hen makte nem daer vast teegen dien boer= "il se fit embaucher par ce paysan"
6- ewuld < wullen aussi willen > ewild
- liere = ici, "ventre", "panse"
- broks: pluriel en -s inguéonique (influence du germanique de la Mer du Nord)
- kunt très souvent le n est assimilé et on prononce kut
- oordeëlen = juugieren "juger"
- perykel < mfl. perikel < mfl. pericule < vieux-français péricule < lat. periculum = "péril"
7- als, le plus souvent at et an. At lorsque le verbe qui suit se termine par -t au présent et an lorsqu'il se termine par -en
- by zen eëgen = "seul" (cf. angl. by himself)
- teegen ze zelven = "à lui-même"
- dienstboo(de)n = knechten en maerten/meesen
- toe vaeders = "chez père", "à la maison de père", utilisation de toe pour "chez", "à"
- brokke = brokken ? (cf. plus haut)
- dat/dan: dat lorsque le verbe qui suit se termine par -t au présent et dan lorsqu'il se termine par -en
8- gaen + verbe à l'infinitif = expression du futur
10- wa' wei! interjection, maintenant wei! (wat wilt je! > wa' wei! > wei! (usuel de nos jours) )
- stoeg: prétérit fort de staen
- gaften, prétérit fort de geeven combiné à -te, suffixe du prétérit des verbes faibles, aussi gaeven
12- knechts: pluriel en -s (caractéristique inguéonique/du germanique de la Mer du Nord)
13- slaen = "abattre", "tuer" (une bête)(WNT), le -t final de slaet se prononce d sous l'influence du e de het par assimilation régressive, le h ne se prononçant pas
- fooie = "fête" (en général) (fooie < fr. voie, à l'origine fête pour le départ de quelqu'un)(De Bo, WNT)
14- om-'s-wille, aussi des wille/ 's wille
15- etwaer = "quelque part"
17- esleegen: participe passé de slaen "abattre (une bête)"; slaen, sloeg, esleegen
- omdat: plus souvent deure dat (prononcé deur a(t)) (orthographié par Moeyaert (WVFV): deurat)
- frisch = en bonne santé, vigoureux (WNT)
18- maeken > makte, raccourcissement vocalique provoqué par le morphème du prétérit
- kaem, prétérit fort de kommen, aussi kwaem
- parlasanten < parlesanten par/por los santos = "par les saints" (De Bo, WNT)
19- zeide: prétérit de zeggen; mfl. zeegede > zeide, g > j est une évolution inguéonique (germanique de la Mer du Nord)
- nooit/neuit, nooits (prononcé noois) = "jamais"
21- zei: prétérit de zeggen
- mit/mee myn: en France on utilise les deux formes mit/mee my et mit/mee myn. Au XVIIème siècle myn était aussi utilisé en hollandais mais les élites hollandaises considéraient cette forme comme vulgaire. C'est la raison pour laquelle ils la rejetèrent du néerlandais standard qui s'est constitué à cette époque (néerl. met mij) (VAN DER SIJS, 2004, p.486)
- 'k ik, redoublement du pronom sujet, forme d'insistance
22- musten < muchten, prétérit de meugen. Evolution ch > s comme dans rechtuut > restuut
- evounden > evoungen, vinden > vingen, hen vingt. Autre exemple: pander > panger, le g évoluant même en j: *panjer > paejer (= "panier")
